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  • je suis écrivain, complètement folle, j'écris comme je respire, je mange l'écriture car c'est ma nourriture, j'en fais profiter les autres parce la nourriture ça se partage exactement comme l'eau.

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Mercredi 21 décembre 2011 3 21 /12 /Déc /2011 11:06

Le sang de la terre

 

La conversation est un jeu de sécateur… Oh la belle maxime ! Jules Renard taille le cœur des hommes comme le vigneron les branches de la vignes.

 


L’hiver a posé son manteau glacé sur les vignes endormies. De longs rameaux, cherchant en vain le soleil, s’étirent vers le ciel de leurs longs bras anorexiques. Ce n’est pas un jeu, c’est une priorité. Chaque être a besoin de lumière pour vivre. Ces rameaux, hélas vieillissants, confirment la règle. Malheureusement, pour que s’épanouissent les grappes lourdes de grains, leur temps est compté. Au petit matin, tandis qu’une brume froide plane sur les vignes, les hommes, le corps voûté, emmitouflés dans une vieille veste, le bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles, affrontent les intempéries le sécateur à la main. Cette rencontre matinale n’a rien de mondain. Ils parlent peu. Un buée éthérée accompagne les mots, les enveloppe, les rends précieux. Point n’est besoin de raconter sa vie. Il suffit d’être là, l’autre sait. Et puis « la conversation est un jeu de sécateur où chacun taille la voix du voisin aussitôt qu’elle pousse ». Eux, ils sont là pour tailler la vigne. C’est leur survie. Leurs chaussures s’accrochent aux cailloux où croissent les ceps noueux comme pour adhérer à cette terre qui les fait exister. Leurs musclent se tordent, se nouent, vieilles souches douloureuses aliénées aux vents. Ils ont le visage buriné de tous les travailleurs de la terre, partout dans le monde. On n’entend que les cliquetis des sécateurs, le bruit léger de la chute des sarments sur le sol dur et froid. La brume s’est retirée. Le ciel, d’un bleu limpide, regarde ses travailleurs d’un œil bienveillant. Mais ne nous méprenons pas : il les surveille. Attention, on ne taille pas al vigne n’importe comment. Rien n’est jamais acquis. La récolte dépend de leur savoir-faire, de leur dextérité, de leurs mains glacées même dans les gants. Le froid est devenu sec et piquant. Ce matin, à la radio, ils ont dit qu’il neigerait. Il faut s’activer, demain les ceps seront libérés des vieux sarments devenus inutiles. Ces sarments, qui ont porté la vie à profusion, brûleront dans la cheminée, serviront aux grillades estivales, tandis que les enfants courrons sur le gazon.

Qui saura, au moment des genêts en fleurs, l’obstination quasi charnelle de ces hommes de l’ombre, au cœur de l’hiver ? Ce qu’il a fallu de douleurs non dites, d’amour réciproque entre la terre et l’homme, de lutte entre l’esprit espoir et le corps fatigué ? Cet amour partagé donnera naissance à des bourgeons, des branches des feuilles, des grappes lourdes de grains sucrés au moment où le soleil dispensera sa chaleur sur une terre déshydratée. Et des grains, le sang de la terre, le jus de la vie, le suc de la vie et de la mort entremêlées.

Lorsque vous déboucherez une bouteille, sachez que vous allez déguster la sueur des hommes à la nature mêlée.

Les consignes : 

mots 

Corps, acquis, genêt, confirme, priorité, rencontre, vivre, accompagnement, jeu, gazon, accompagnement

 Phrase

 La conversation est un jeu de sécateur, où chacun taille la voix du voisin aussitôt qu’elle pousse.

Jules Renard

Par L' écrivaine déjantée de la Gardiole - Publié dans : mes textes
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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 10:33

un mur de trop le pouvoir des mots-copie-2

 

 

Tandis que nos héros poursuivent leur quête, Masopa est plongée dans l’effroi. Le laboratoire de Valentine est incendié par ses étudiants pour que ses précieux manuscrits ne tombent pas aux mains des sages, le Grand-Appariteur est enlevé, la population persécutée. Les trois étudiants, Thor, Djamel et Hugo, se sauvent pour essayer de traverser le mur côté ouest. Hugo, accompagné de Loreline, l’amie de Thor, et son bébé, arrive à rejoindre le continent. 

Les évènements se bousculent. Les sages, acculés, vont entreprendre une répression sans précédent dans l’historie du Grand-Pays. Les nettoyeurs sévissent. 

De l’autre côté du mur, nos héros vont se rejoindre et commencer des recherches pour retrouver la bibliothèque dont les clés de Garance et Loreline ouvrent les portes. Manon, historienne de la bibliothèque de Cronos, va se joindre à elles, ainsi que Charlotte, la fille du passeur, et Julie kidnappée à l’âge de quatre ans. Vont-elles, grâce à l’écriture, trouver les réponses aux énigmes laissées par les scientifiques du passé? 

Un deuxième tome époustouflant qui ne laisse aucun répit au lecteur. Tout se bouscule et s’accélère.

Nos héros parviendront-ils à retrouver la liberté ? Et si c’est le cas, que feront-ils, pour la planète, de cette liberté toute neuve ?

 

 

 

Rappel du tome 1

En l’an six mille de notre ère… Sur les bords du Nil, il ne reste plus rien, ou pas grand chose… Uns civilisation moribonde soumise au bon vouloir de ses chefs, et la terre meurt de soif sur un désert qui s’est installé partout. Seul un mur immense sépare la terre en deux.  Que se passe-t-il de l’autre côté de ce mur ? Pourquoi les sept sages ont-ils interdit l’écriture à une époque que plus personne ne peut situer dans les temps ? Comment trouver de l’eau ? Incapables d’en fabriquer, les scientifiques maintiennent la population du Grand Pays dans un bonheur béat et frivole. C’est la civilisation du gadget, de l’insouciance et du rire.

Valentine, jeune chercheuse de la société des temps anciens est persuadée que la redécouverte des écritures est la seule solution pour épargner aux  hommes l’inévitable catastrophe qui les menace. Accompagnée de trois  autres scientifiques et d’un receveur d’informations, elle part en expédition pour tenter de passer le mur… 

Poursuivis par les Nettoyeurs, ils vont rencontrer Garance, jeune chef de tribu des gardiens du mur, et poursuivre avec elle leur dangereuse quête. 

Sur les ailes de Barak, est le premier tome de cette épopée initiatique où les héros s’interrogent sur le sort de l’humanité, l’importance de la transmission de l’Histoire aux générations futures et de la place de l’écriture dans la vie des hommes...

Par L' écrivaine déjantée de la Gardiole - Publié dans : mes romans à clairdeplume34
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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 10:12

affiche-concours-2012-textes-sur-la-femme.jpg

Par L' écrivaine déjantée de la Gardiole - Publié dans : manifestations
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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 10:09

Support : un panier rempli d’objets : parfums, écorces d’arbres, stylo, plume d’oiseau, plantes aromatiques, réveil, etc.

Thème : les cinq sens et l’écrivain emprisonné.

Un pays d’où l’on ne revient pas.

Le temps qui passe est d’une lenteur effrayante. Je pourrais entendre le tic-tac de la vieille horloge familiale dont le balancier rythme, avec une précision d’orfèvre, les secondes, les minutes, les heures, les années.

Je ne sais plus depuis combien de temps je suis là. Au début, j’ai gravé sur mon mur un bâton pour chaque jour avec un caillou qui traînait sur le sol de terre battue. Puis, j’ai abandonné. A quoi bon ? A quoi me servirait-il de savoir combien de jours, combien d’années j’ai passé dans ce cul de basse-fosse ? Sans compter que je risque de mourir ici, oublié de tous. Ce petit caillou, je l’ai mis dans un coin, je le regarde. J’essaye d’imaginer que c’est un galet de la rivière qui serpente devant ma maison. J’entends le bruit de l’eau qui les roule, les caresse, les emporte parfois quand le courant est trop fort au printemps. Lorsque les neiges fondent sur les montagnes, ma rivière enfle, déborde, nourrit la terre desséchée par l’hiver. L’hiver ? Je ne sais presque plus ce que c’est. Le froid, la neige, la cheminée qui ravive les membres engourdis au retour d’une promenade. Il ne faut pas que je me laisse envahir par les mots, ceux rugueux comme des écorces d’arbres, doux comme du duvet, piquant comme des aiguilles, tendres comme les jeunes feuilles au printemps.

Des mots qui coûtent cher.

Vous allez me rétorquer que les mots ne s’achètent pas. Non, ils ne s’achètent pas, mais on vous les fait payer.

La note est épicée.

Qui suis-je ? Ah oui, je vous demande pardon. Je ne me suis pas présenté. Arnaud Morel. Ce nom ne vous dit rien ? Fichtre ! Quel âge avez-vous ? Vingt-cinq ans ? Cela fait-il autant de temps que je suis là ? Vous n‘en savez rien. Vous pourriez avoir quatre-vingts ans, ce serait la même chose.

Je contemple le même paysage sous les yeux par la fenêtre à barreaux depuis la nuit des temps. Une étendue désertique, genre toundra, et, au loin, un cactus. Parfois le vent y accroche un sac en plastique, un bout de chiffon ou de papier. J’y ai même vu un bout de dentelle. Mais de ça, je n’en suis pas sûr… Peut-être ai-je rêvé ? Ce réduit pue le moisi, les toilettes bouchées. J’ai oublié les senteurs marines, l’odeur des sous-bois, des plantes aromatiques, des épices, et même l’odeur des femmes, Le pire, c’est l’absence d’odeur de l’encre. Les stylos n’ont pas d’odeur ? Vous vous trompez. Ils ont l’odeur de la liberté.

Pourtant, c’est bien à cause d’eux que je suis là. Je m’explique. Je suis un écrivain, pas un écrivaillon de roman, non, je fais dans l’humanitaire, la politique, l’actualité. Je rends des comptes. J’ai beaucoup voyagé et fait les récits de mes voyages, de ce que j’ai vu comme horreurs de par le monde. J’ai gagné beaucoup d’argent avec mon dernier témoignage, « regard sur un génocide programmé ». J’y raconte comment le pays qui m’accueille dans ses geôles extermine toute une population d’Indiens de la forêt pour créer des scieries dans lesquelles travaillent, pour une bouchée de pain, quelques survivants et les habitants des favelas de la capitale, venus ici pour trouver l’Eldorado. Il faut croire que le gouvernement de ce pays n’a pas aimé mon livre. J’ai été accusé d’homicide volontaire sur la personne du chef de chantier que j’étais venu interviewer. On l’a retrouvé mort, mon couteau suisse figé dans son cœur, avec mes empreintes, bien entendu. On m’appelle « le boucher français ». J’ai fait la Une des journaux. Après un passage à tabac dans les règles où j’ai avoué mon horrible crime, je me suis retrouvé dans un tribunal qui m’avait déjà condamné.

Voilà qui je suis. Vous ne dites rien ? Un ange passe. Je vois ses petites ailes fines comme le duvet soyeux d’un oisillon. Vous allez me dire que ce sont des oiseaux. Mais des oiseaux, il n’y en a pas. Je me rappelle ce bout de dentelle accroché au cactus. Un bout de crève-cœur, un lambeau de mon ancienne vie. Des dentelles, elle en avait à sa robe, ma fille. Elle avait la peau douce et sentait la cannelle. Je me noie encore dans la profondeur de ses yeux bleus. J’y vois la Méditerranée et le ciel d’Occitanie. Je voudrais y tremper ma plume, me saouler de ses mots qu’elle employait à tort et à travers et distillait en riant. Son petit panier à la main, elle me suivait dans les chemins pour ramasser des mûres. Le jus des mûres c’est de l’encre. Elle s’en mettait plein le jupon.

Ce réduit, dans lequel je végète, ne sent pas la pierre froide des cachots. Il empeste la terre sèche, la poussière, la chaleur suffocante d’un désert. Vous allez me dire que le désert est magique. Pas celui-ci.

Quelqu’un gratte le mur de l’autre côté. Je voudrais bien lui répondre, mais je n’ai pas le courage. Cela ne nous donnera pas une once d’espoir. Je ne saurai jamais qui il est, je ne verrai jamais son visage.  Je ne connais que le visage du gardien qui m’apporte mes repas. Je voudrais être en prison dans mon pays, me faire tabasser par les autres détenus, rendre coup pour coup, susciter des haines, trouver un ami. Regarder la télé, lire des livres, aller au parloir. Ma fille y serait sûrement avec ses dentelles enfantines.

J’ai envie de dormir. Laissez-moi tranquille, laissez-moi mourir. Peut-être le peloton d’exécution est-il pour demain ? Même pas peur.

Un vacarme assourdissant me réveille. Je m’étais endormi pour oublier ma geôle.

J’ouvre les yeux sur l’aube qui point par la fenêtre. Plus de cactus ni de désert. Je suis assis devant ma vieille table, mon stylo à  la main, devant une page gribouillée de petits signes illisibles. C’est vrai que je n’arrive plus à écrire. Mes mains, déformées par l’âge, sont striées de veines bleues. Je ne pourrai plus jamais écrire. Je voudrais être dans cette prison de terre sèche, au milieu du désert, avec l’espoir que la foule française se batte pour moi, qu’une banderole rappelle ma captivité aux passants, que la télé diffuse mon nom et ma photo deux fois par jour, « Pour la libération d’Arnauld Morel » sur vos écrans géants et plats. Je pourrais éventuellement être libéré un jour, retrouver ma famille, le ciel d’Occitanie.

Mais on n’est pas libéré de la vieillesse, de la solitude, de l’enfermement où l’on s’englue, et de la mémoire qui se liquéfie comme de la glace en fondant.

Les souris ont envahi le placo du HLM où elles ont installé leur demeure. J’entends toujours les grattements. La porte s’ouvre. C’est le distributeur de repas de la municipalité. « Bonjour, ça va ? Voici votre repas. Au revoir. » Je me retrouve encore seul. C’est un jour de juillet, chaud et sec. Je n’ai ni de ventilateur, ni de climatisation, je n’attends pas de visite. Et je me dis, comme tous les jours qui succèdent aux jours, insupportables, toujours pareils, « vivement le peloton d’exécution. »

Bernie

Par L' écrivaine déjantée de la Gardiole
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Vendredi 28 octobre 2011 5 28 /10 /Oct /2011 11:22

 

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Mots obligatoires à intégrer dans le texte :

Excroissance, rampe, docile, âme, canalise, grain ou graine, correctement, corps, gentillesse, crasseux, fuyard, clou, désir, cicatrice, anticonformiste, floraison, flatterie, évidence, perte, dominante.

***

Près de moi Pimprenelle se rit des embûches du chemin. Pimprenelle, c’est mon ânesse. Quel projet saugrenue d’avoir choisi, pour nos vacances, une randonnée pédestre avec des ânes pour porter nos bagages ! Encore une fois, c’est moi qui ai eu cette idée anticonformiste. Enfin, maintenant nous sommes là, il faut avancer.

Parties à l’aube du refuge où nous avons laissé la voiture, voici des heures que nous crapahutons dans les cailloux avec nos pataugas. J’ai les pieds en compote. J’essaye de ne pas me plaindre tout haut au risque de provoquer à mon encontre une avalanche de reproches. Mes amies m’avaient dit : trouve-nous une bonne idée, quelque chose de facile. Pour la facilité, elles repasseront. Je vois à leur air buté qu’elles n’apprécient pas du tout ma bonne idée !

Pourtant, le paysage est merveilleux. Les ânes sont dociles. De part et d’autre du chemin, les collines en pente douce verdoient aux prémices du printemps. Des senteurs de thym en floraison caressent nos narines. Le ciel ne laisse s’infiltrer aucun nuage, leur fait un barrage de son bleu profond. La météo ne s’est pas trompée. Elle nous a promis trois jours de beau temps. Pourquoi se plaindre ? Il n’y a aucun vent, pas même un souffle, il fait juste assez frais, c’est le paradis sur terre. Mais le chemin est semé d’embûches. Nous ne sommes pas au bout de nos peines. Saint Guilhem le désert nous attend pour la nuit. Soirée gourmande dans une auberge. Rien qu’à me repasser le menu en boucle dans ma tête, je salive. Pourtant, quelque chose m’échappe. D’après le loueur d’ânes, le chemin devait être facile « une vraie piste d’atterrissage ». Il ressemble surtout à une piste de la brousse africaine. Je soupçonne le louer de n’avoir jamais vu de piste d’atterrissage de sa vie. Mes amies n’auraient pas dû se fier à mon instinct, car de l’instinct, je n’en ai pas, mais alors pas du tout ! Je perds systématiquement, que ce soit à pieds, à cheval ou en voiture. Pour l’occasion, ce sont des ânes, ce qui ne change rien au problème. Dans ce fatras de collines qu’un géant facétieux a dû jeter pêle-mêle rien que pour m’embêter, j’ignore où sont le nord et le sud. Je ne vais pas le leur dire, pas maintenant en tout cas. Marie, dont la gentillesse n’a d’égal que son désir de flatterie, me sourit et me dit « c’est merveilleux ». Qu’est-ce qui est merveilleux ? Je ne sais pas. Peut-être mon inconscience. Elle a l’air heureux. Son ânesse « Caresse » s’arrête sans cesse pour brouter des chardon en fleurs. Elle l’attend. A cette allure, nous serons à Saint Guilhem le Désert dans trois jours, alors que ce n’est que notre première étape.

- Tu devrais canaliser ses divagations, lui dis-je. Si nous voulons être à Saint Guilhem avant ce soir…

Claudette, agressive,  me coupe la parole :

- Ce n’est pas la faute de Caresse si nous n’y arrivons pas.

Sa colère n’est pas feinte, je comprends ses allusions à mon incompétence. Je n’insiste pas. Malheureusement, c’est Framboise, son ânesse qui fait les frais de sa mauvaise humeur. Framboise, c’est la femelle dominante. Depuis un moment, elle pousse Fleur de Cassis, l’ânesse de Chantal, pour la faire tomber dans le fossé. Ces joutes animales m’exaspèrent. Elles vont faire capoter ma belle randonnée. J’essaye de les oublier pour contempler le paysage. Toujours ce chemin impossible qui serpente dans les collines, monte, descend d’une façon anarchique, comme si les hommes du passé l’avaient tracé rien que pour nous embêter, nous citadins du futur ; comme si une sorcière facétieuse ,leur avait indiqué, des centaines d’années plus tôt, à quel point nous serions des incapables. Je rêve au repas du soir. Un petit coup de rouge accompagné de cèpes, d’un civet de lièvre, quelques grappes de raisin et du fromage, sans oublier la tarte tatin faite maison. J’en ai l’eau à la bouche. Des cris et des braiments me tirent de ce songe culinaire. Caresse a reçu un coup de cravache de la part de Claudette qui passe ses nerfs sur la pauvre bête encore arrêtée pour déguster les chardons. La voilà dans le fossé, bramant comme une biche aux abois. A tous les coups, elle s’est cassé une patte. Claudette, bourrée de remord, lâche Framboise pour se porter à son secours, l’erreur à ne pas faire, c’est une évidence. Celle-ci en profite pour s’échapper et regarde ses congénères en rigolant. Si, je vous jure, les ânes rient, comme les chiens. Nous voilà dans de beaux draps ! J’attache Pimprenelle à un arbre pour récupérer la fuyarde tandis que Claudette porte secours à Caresse. Difficile de lui faire remonter la pente. Marie se joint à elle pour tirer et la malheureuse blessée hurle de douleur. Au prix d’efforts éreintants, elles parviennent à la ramener sur le chemin. Plus de peur que de mal. La Belle est une chochotte douillette, elle n’a que quelques égratignures qui ne laisseront même pas de cicatrices.

Pendant ce temps, Framboise se goinfre de chardons. Je tente une approche à pas de sioux. « Petite, petite, viens ici ». Elle fait semblant de ne pas m’entendre. J’essaye de la saisir par les rênes. Elle fait un pas sur le côté, m’évite, et va brouter plus loin. Sale bête ! La moutarde me monte au nez.

Son corps musclé semble me dire « tu t’es vue la gringalette ? » Elle rit encore, ça m’énerve.

Derrière moi, j’entends les sarcasmes des copines. C’est le clou de la journée. Je ne vais quand même pas me faire ridiculiser par un animal ? 

Et bien, si. Je tente une autre approche, plus vive, puisque les ruses de sioux sont inefficaces. Je me précipite sur elle, elle s’esquive, je m’étale dans les ronces du bas-côté.

- J’ai fait une vidéo géniale ! me crie Marie. Je la mettrai sur facebook.

Il ne manquait plus ça. La terre entière va se payer ma tête. Je tire de mon sac un croûton de pain. La perte de l’animal serait une catastrophe. Je lui tends la friandise en lui disant des mots doux. Elle me regarde d’un air moqueur, me toise cette sournoise ! Rien à faire, elle s’éloigne.

- Dépêche-toi ! me hurle Claudette. Nous devons être à Saint Guilhem pour la nuit. C’est toi qui l’as dit.

Alors là ! c’est le bouquet.

- C’est ton ânesse, dis-je vexée. Tu n’as qu’à t’en occuper après tout.

Je tourne les talons, et, ho miracle ! Framboise me suit, fière d’elle. Elle en profite pour chiper le croûton qui dépasse de ma poche.

Tout le monde s’esclaffe, y compris les ânesse.

Heureusement que le ridicule ne tue pas. Pendant ce temps, Marie a continué de filmer la scène. Pauvre de moi !

Nous repartons. A présent, le soleil est au zénith. La fraîcheur s’est évanouie dans la nature, avec le vent parti vers d’autres horizons. Plus un pouce d’air sur ces collines désolées. Elles me semblent moins bucoliques. Le temps s’étire et toujours pas de Saint Guilhem en vue. Pourtant, nous devrions apercevoir le village, niché comme un oiseau fragile dans ses falaises encaissées. En mon âme et conscience, je dois avouer que je ne sais pas où nous sommes. Perdues entre terre et ciel. Une buse plane en hurlant. Sans doute a-t-elle trouvé une proie ? On se croirait dans le désert à la merci des vautours. La buse fonce dans la vallée et remonte en criant sa victoire au ciel indifférent.

- J’ai attrapé des ampoules, se plaint Chantal. Claudette, as-tu la trousse de secours ?

Claudette pâlit. Elle était chargée d’apporter la mallette du parfait petit infirmer itinérant.

- je l’ai oubliée dans la voiture, avoue-t-elle.

C’est à mon tour de rigoler. Je tiens ma vengeance et comme j’ai la dent dure, je la rongerai comme un chien son os. Mais il n’y a pas de quoi rire.  Chantal a une espèce d’excroissance crasseuse au gros orteil. Ses tennis sont éventrés et de la terre s’est logée dans la blessure. Elle avoue ne pas avoir fait le rappel du vaccin antitétanique. Il faudrait nettoyer la plaie. Mais nous n’avons que de l’eau.

- Pour désinfecter, dit Marie, rien de tel que l’urine, comme à la mer sur une piqûre de vive.

- Hors de question qu’on fasse pipi sur mon pied ! nous informe Chantal dégoûtée.

Bon, c’est dit. Pourtant, ce serait la seule solution.

- Si tu préfères qu’on te coupe le pied, c’est ton choix, répond Marie.

Chantal souffre atrocement. Claudette essaye tant bien que mal de nettoyer la plaie avec de l’eau, mais une boursouflure fait mal augurer de la suite.

- Vas-y, Marie, dit-elle au bout d’un moment. Vas-y pour l’urine.

Mais, hélas ! Marie n’en a pas envie. Je suis donc préposée à l’arrosage. Encore moi ! Et Marie, par-dessus le marché, qui se met à filmer la scène surréaliste ! Le fou-rire nous prend, un fou-rire inextensible, jusqu’aux larmes.  Néanmoins l’efficacité des soins est incontestable.

- On va mettre un article dans le journal, dit Marie, « le pipi d’une randonneuse sauve une blessée d’une mort certaine ».

Et le fou-rire nous reprend. Cet incident a détendu l’atmosphère. Au lieu de nous chamailler comme des gamines dans une cour de récréation, nous nous penchons sur la carte et essayons de la lire correctement. Nous aurions dû commencer par là.

- Nous nous sommes trompées de chemin, constate Claudette. A trois kilomètres plus haut, nous aurions dû prendre un petit chemin sur la gauche.

Evidemment, personne ne l’a vu.

- Où est la piste d’atterrissage ? demandé-je furieuse contre le louer d’ânes.

- Pas de piste d’atterrissage, me confirme Claudette. Mais, plus loin, le chemin se divise encore et nous pourrons bifurquer. Evidemment, nous ne serons pas à Saint-Guilhem avant la nuit.

L’angoisse remplace l’euphorie. Pas de tente, pas de duvet, rien pour nous protéger du froid avec une température qui avoisine les 5° la nuit !

- Il faut monter les ânesses, nous dit Chantal. Ces animaux sont faits pour ça, non ?

Et moi qui n’ai jamais mis les fesses sur un quelconque équidé ? Pire, j’ai une trouille bleue de me retrouver là-dessus, un sport qui me semble plus dangereux que le saut à l’élastique.

Pimprenelle me regarde sournoisement. Je parie que la peur transpire par tous les pores de ma peau et qu’elle le sent cette graine de délinquante. Je suis mauvaise langue. Pimprenelle a l’habitude des situations délicates. Après plusieurs efforts infructueux, je finis par me hisser sur son dos. Elle se tient tranquille. Si je vois Marie filmer, je l’étrangle !

Qui a dit que les ânes étaient idiots ? Mis à part Framboise, un peu caractérielle, ces ânesse sont douées d’une intelligence sur laquelle beaucoup d’hommes pourraient prendre modèle. D’ailleurs, autrefois, lorsqu’on mettait le bonnet d’âne sur la tête d’un écolier, ce n’était pas pour l’insulter, mais pour lui donner la sagesse de l’âne.  Et, en plus, elles semblent connaître le chemin. Le soleil, d’un sanguin éblouissant, mélange le bleu du ciel au violet et à l’orange. Le spectacle est féerique. Nous nous laissons emporter par la magie de ces instants précieux, ravis au temps suspendu entre le jour et la nuit. Les collines sont orange clair, les plantes ont l’air peintes par Van Gogh. Par petites touches colorées, elles se mélangent au tableau pour faire un ensemble surnaturel. Des ombres rampent comme des fantômes. Les fantômes de tous ces hommes qui ont suivi le chemin de Compostelle depuis des siècles et qui ont laissé leur vie accrochée aux ronces des fossés. J’en pleurerais de bien-être.

Les ânesses trottinent, sages et fatiguées. Ce n’est plus l’heure des facéties, elles sont aussi pressées que nous de rejoindre la civilisation. Ça sent le foin frais.

Soudain, alors que la nuit menace de nous envelopper tout à fait, les falaises se dressent devant nous avec, au creux de leur étreinte, le village presque assoupi.

Enfin ! Encore quelques douleurs au bas du dos, et l’auberge apparaît derrière les piliers millénaires de sa terrasse.

- On ne vous attendez plus ! s’exclame notre hôtesse. Nous allions envoyer la gendarmerie à votre recherche.

Pas besoin de gendarmes, dis-je, nous avions les ânes.

Puis je rougis de ma propre bêtise.

- Excusez-moi, je ne voulais pas faire de jeu de mot idiot.

- Oh, mais les ânes sont d’une intelligence rare, dit notre hôtesse. Celles-ci on l’habitude d’être montées. C’est pour cela que la randonnée est moins longue d’ordinaire.

Je me demande qui sont les bêtes dans cette histoire. Mes trois amies me regardent d’un mauvais œil. Je leur avais dit qu’il était interdit de les monter !

Nous nous réconcilions devant un repas gargantuesque. Le feu crépite dans la cheminée, il fait une chaleur revigorante.

- La journée a été géniale, hein ? dis-je, repue, à mes trois amies.

Puis je plonge le nez dans mon café. Le regard qu’elles me jettent en dit long sur ce qu’elles pensent de ma réflexion idiote.

Dehors, la nuit est tombée. Les ânesses sont bichonnées dans les écuries, je les imaginent se raconter l’histoire de la journée, et braire de rire.

Riez, mes belles, riez ! Profitez bien de cette nuit de répit. Demain sera un nouveau jour.

Par L' écrivaine déjantée de la Gardiole - Publié dans : mes textes
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