conte pour enfants
Jonquille, la petite chenille
Il était une fois une petite chenille qui habitait dans un pot de fleur. Elle s’appelait Jonquille. Née dans ce pot de fleur quelques semaines plus tôt, elle
n’avait jamais osé mettre la moindre petite patte hors de cet havre protecteur. Elle pensait que sa maman l’avait appelée Jonquille à cause de son dos vert fluo orné de petites piques parsemées
de points jaunes. Mais, de maman, elle n’en avait plus. Peut-être avait-elle été enlevée par un bandit ? Ou morte, à cause de la famine, parce qu’il y avait peu à manger dans ce pot ! Juste assez
pour Jonquille. La petite Jonquille, de sexe féminin, se plaisait à penser que sa maman était une héroïne qui avait donné sa vie pour son enfant. Elle ignorait que sa maman chenille l’avait
abandonnée pour d’autres aventures plus pittoresques. Jonquilles grignotait, de ses petites dents avides, les racines de la fleur jusqu’à ce que le bel hortensia commençât à dépérir.
Du fond de son trou, Jonquille ne voyait pas la façade du pot, ni les belles fleurs roses tombant l’une après l’autre.
Un jour, la terre se mit à trembler. Jonquille s’agrippa de toute la force de ses petites pattes aux racines. Mais c’était peine perdue. Le pot s’agitait dans tous
les sens, la plante fut arrachée et atterri sur une natte. Terrorisée, Jonquille s’accrochait toujours aux racines. Pas de doute ! Quelqu’un lui volait son pot ! Soudain, au-dessus d’elle, se
matérialisa le visage d’un monstre. Le monstre la regardait de ses énormes yeux et vociférait. La petite Jonquille aurait bien voulu avoir une carapace comme les tortues ou les escargots pour se
cacher. Mais, hélas, rien ne la protégeait des prédateurs, pas même une maman.
Elle se mit à crier « maman, maman, ! » Mais personne ne l’entendit. Le monstre lui fit écho et appela aussi
- Maman, maman ! Vien voir !
Des yeux encore plus grands que les précédents se posèrent sur elle. Elle pensa sa dernière heure arrivée. « ils vont me manger ! » Pensa-t-elle.
- Oh ! Quelle horreur cria le gros monstre. C’est elle qui mangeait mes hortensias. Il faut l’écraser.
- Oh non, maman, elle est trop belle. Regarde ses couleurs, on dirait une fleur.
Jonquille s’était mis en boule, piètre protection contre deux monstres prêts à la dévorer. Se cacher ! Vite ! Mais où? Il n’y avait aucune issue. La petite chenille
aurait voulu retrouver son pot, son berceau, sa maison qui la mettait à l’abri des charognards. Retourner dans son pot, et ne plus jamais le quitter. Paralysée par la peur, elle ne parvenait pas
à bouger ne serait-ce qu’une patte pour s’enfuir. Et pourtant, des pattes, elle en avait ! Une bonne vingtaine. Une vingtaine de pattes inutiles. Le monstre parlait de la détruire. Elle était
intelligente cette petite chenille, elle parlait le langage des monstres. Mais le monstre ne parlait pas le sien.
Elle avait beau crier, gémir, prier, supplier, aucun son ne parvenait à leurs oreilles pourtant gigantesques.
- On l’écrase, et on n’en parle plus. Regarde dans quel état elle a mis mon hortensia !
- Non, non, maman, ne fais pas ça ! Regarde comme notre jardin est grand. Il doit bien y avoir une place pour elle. Je vais m’en occuper.
- Pas question ! Elle va se reproduire et il y aura des chenilles partout.
- Et alors ? s’énerva le petit monstre. Il y a de la place pour tout le monde, non ? Ce n’est pas une chenille processionnaire. Elle est seule, et tellement
jolie.
- Je vais te parler avec franchise, lui dit-elle. Je n’aime pas les beaux parleurs.
Elle avait entendu cette phrase quelque part. C’était peut-être sa maman qui dans les premiers jours de sa vie lui avait enseigné la méfiance.
- Je ne suis pas un beau parleur. Je cherche mon âme sœur et je t’ai trouvé.
Jonquille aima ses couleurs. Son vert fluo se mit à clignoter de plus belle. Alors, ils partirent tous les deux, pattes contre pattes, à la conquête de leur
paradis. Jonquille songea que, sans le petit monstre, elle n’aurait jamais trouvé le chenillon de sa vie.
A force de supplications, le petit monstre eut gain de cause. Elle prit Jonquille dans la paume de son immense main. La petite chenille n’en menait pas large. Elle
se sentit soulevée du sol, transportée. Elle avait mal au cœur. Puis, comme par magie, elle retrouva la terre ferme. Autour d’elle, une vraie forêt de fleurs l’attendait.
- Va petite chenille, dit le monstre, va courir le monde. Je te rends ta liberté. Ici, tu trouveras des salades sauvages, des cistes et des coronilles et beaucoup
d’autres plantes qui voudront bien te nourrir.
Au bout d’un moment, alors que le gentil monstre était parti, Jonquille hasarda de mettre les pattes les unes devant les autres pour visiter son paradis. Elle ne
regrettait plus son pot. C’était un autre monde qui s’ouvrait à elle. Mais un monde où à chaque instant elle pouvait perdre la vie.
Elle entendit une voix :
- Qui es-tu belle inconnue ?
Ces flatteries lui firent peur. Quels monstre allait-elle encore rencontrer ? Elle se retourna et se retrouva face à face avec un beau chenillon vert fluo,
bien velu et couvert de petites piques jaunes. Comme il était charmant ! Elle n’avait jamais vu quelqu’un de son espèce à part sa maman dont elle ne se souvenait plus. Elle tomba tout de suite
amoureuse du dandy dont la couleur fluo se mit à clignoter jetant des flashs aux couleurs de l’arc en ciel.
Morale de l’histoire :
N’aies pas peur de quitter ton nid douillet pour apprendre la vie. Et dis-toi que les monstres aussi laids soient-ils ne sont pas toujours des
méchants.